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Assange dénonce l’impérialisme sur Internet

segunda-feira 4 de março de 2013, por Hamilton Octavio de Souza, Hamilton Octavio de Souza Hamilton Octavio de Souza Hamilton Octavio de Souza Hamilton Octavio de Souza

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Dans un livre qui vient de paraître, le fondateur de WikiLeaks alerte les pays d’Amérique latine sur l’utilisation et le contrôle de la toile par les Etats-Unis (Traduit par Elodie Dupau)

Par Hamilton Octavio de Souza

L’Australien Julian Assange est mondialement connu comme le rédacteur en chef du site WikiLeaks, qui, il y a un peu plus de deux ans, a divulgué des milliers de documents confidentiels du gouvernement des Etats-Unis, parmi lesquels de nombreux avaient trait aux télégrammes de diplomates portant sur leurs activités dans d’autres pays. Poursuivi par les Etats-Unis et menacé de prison en Europe, il bénéficie depuis un an de l’asile politique de l’Equateur, par l’ambassade de l’Equateur à Londres. Défenseur de la liberté d’expression sur Internet et militant du mouvement cypherpunk, qui prône l’adoption de la cryptographie (langage codé) pour protéger la vie privée des individus, des entreprises et des Etats, Assange a réuni, le 20 mars 2012 (alors qu’il se trouvait assigné à résidence au Royaume-Uni), trois amis et collègues spécialistes d’Internet, pour un débat sur la situation et le futur de la toile, et tout particulièrement sur la résistance au contrôle autoritaire croissant de ce qui circule sur le cyberespace. De cette rencontre est né le livre “Cypherpunks – Liberdade e o Futuro da Internet” [Cypherpunks – Liberté et futur d’Internet], de Julian Assange, Jacob Appelbaum, Andy Müller-Maguhn et Jérémie Zimmermann, publié au Brésil par Boitempo Editorial, avec une présentation de la journaliste Natália Viana et une préface et introduction d’Assange lui-même. C’est précisément dans la préface pour l’Amérique latine, datée de janvier 2013, que le créateur de WikiLeaks avance dans l’analyse de la dimension politique d’Internet, dans un monde marqué par l’inégalité entre les pays, par des différences et dominations établies sur la technologie, la capacité financière, la puissance militaire, etc. Pour lui, la lutte pour la souveraineté, à présent, doit prendre en compte l’autonomie et la protection de chaque pays contre l’énorme système de surveillance créé sur toute la toile et contrôlé par les Etats-Unis et quelques groupes privés. Assange déclare : « La surveillance d’une population entière par une puissance étrangère constitue naturellement une menace pour sa souveraineté. Une série d’interventions sur les questions de la démocratie en Amérique latine nous ont appris à être réalistes. Nous savons que les anciennes puissances colonialistes utiliseront tout avantage qui se présentera pour supprimer l’indépendance latino-américaine ». Plus loin, il rappelle que tous les chemins d’Internet en Amérique latine, via la fibre optique ou les satellites, passent par les Etats-Unis, et que « Tous les jours des centaines de millions de messages provenant de tout le continent latino-américain sont dévorés par des organes d’espionnage nord-américains et définitivement emmagasinés dans des dépôts de la taille de villes ». Il est évident que les gouvernements qui négligent la souveraineté nationale, ou étrangers aux projets nationaux, font peu de cas de ce type d’appropriation et de contrôle stratégiques. En même temps, selon Assange, des gouvernements et militaires latino-américains qui ont acquis, sur le marché, des programmes de cryptographie pour la protection de leurs secrets d’Etat, ont tout simplement été bernés – parce que la majorité des entreprises qui vend de tels dispositifs « possèdent des liens étroits avec la communauté d’intelligence nord-américaine ». Ainsi, ce qui devrait protéger des secrets, sert pour voler des secrets. En défendant la cryptographie – contre la surveillance sur Internet – pour protéger les libertés civiles et individuelles, tout comme la souveraineté et l’indépendance des pays, le rédacteur en chef de WikiLeaks affirme : « Elle [la cryptographie] peut être utilisée pour combattre non seulement la tyrannie de l’Etat sur les individus, mais aussi la tyrannie de l’empire sur la colonie ». Ce livre est plutôt une alerte pour nous tous, citoyens, qui utilisons le réseau mondial au quotidien. Et c’est aussi une bonne façon de tirerles oreillesaux gouvernements qui, naïvement, ne se sont pas encore rendu compte du nouveau champ d’action de l’impérialisme. Alerter ne fait de mal à personne.

Hamilton Octavio de Souzaest journaliste et professeur.

12.02.2013

Traduit par Elodie Dupau