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Interview

Une révolution en marche

terça-feira 8 de fevereiro de 2011, por Ana Facundes, Rita Casaro, Ana Facundes, Rita Casaro Ana Facundes, Rita Casaro Ana Facundes, Rita Casaro

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Traduit par Marie Paumier

Le 25 janvier, l’Égypte commémorait, comme d’habitude, la Journée de la Police. Pourtant, dirigé par la jeunesse, la population avait d’autres plans et commença une révolte exigeant la sortie du président Hosni Moubarak du pouvoir et la chute du régime militaire qui contrôle le pays depuis 30 ans. Enrôlé dans ce qui apparaît être une révolution en marche, peut importe qu’elle n’ait pas de direction ni de plans futurs, le réalisateur Mahmoud El-Adawy vient de vivre intensément les événements, desquels il s’est éloigné pour participer au Forum social mondial 2011, qui a lieu jusqu’au 11 février à Dakar, au Sénégal. Après avoir parlé du rôle des médias dans l’éclosion des protestations qui ont gagné les rues du Caire et des villes de toute l’Égypte pendant le séminaire « L’information alternative au service des mobilisations politiques et sociales », dans la matinée du 08 février, il rencontra Ciranda en entrevue.*

*avec la traduction de Nelly Bassily

Quelle est la situation en Égypte aujourd’hui ?

Expliquer la situation est difficile parce que nous sommes encore dedans, mais ce que l’on peut dire, c’est que le climat avant et après le 25 janvier, quand la révolution commença, est très différent. Les gens étaient déprimés et ne croyaient plus que quelque chose pourrait changer. Maintenant, vous marchez dans les rues du Caire et vous voyez les gens vous sourire.

Comment est arrivée la révolution ?

Le premier point est que ça n’a pas vraiment été une révolution politique, mais plutôt un appel à la dignité et la liberté. Les gens se sont rendus compte qu’ils pouvaient y avoir droit, mais seulement lorsque le régime est tombé. Le tout début fut une fois en 2005, lorsqu’il y eut un mouvement d’opposition à ce que Moubarak se représente aux élections et à ce qu’il refuse d’accepter que son fils assume le pouvoir à sa place. À ce moment-là, il y avait peu de protestations dans les rues, mais il y a eu une grande mobilisation sur Internet, à travers Facebook. Il y avait une certaine déconnexion entre ces groupes parce qu’aucun ne savait ce que l’autre faisait. Ceux qui étaient physiquement dans les rues pensaient que ceux qui étaient sur Internet ne faisaient rien. Et ces derniers, à leur tour, pensaient que ceux qui étaient dans les rues n’avaient que des raisons très personnelles pour être là. Cette situation a duré près de deux ans et a commencé à changer à partir de la manifestation de Mahalla, avec presque un demi-million de personnes. À ce moment-là, ceux qui étaient dans les rues se sont joints à ceux qui étaient sur Facebook et une unité a commencé à émerger. Même les plus âgés, qui n’avaient pas l’habitude d’Internet, ont commencé à se connecter voyant ce qui était en train d’arriver. En 2008, le mouvement syndical est entré dans la mobilisation, mais ce sont vraiment les jeunes qui l’ont lancée. En 2009, Khaled Said a été assassiné parce qu’il avait filmé, avec son cellulaire, une scène de corruption au commissariat de police. Après cela, il y a eu beaucoup de pression, venant principalement de la jeunesse.

À partir de là le mouvement s’est consolidé ?

Ça a permis que des personnes de différentes régions de l’Égypte sortent dans les rues pour qu’il n’y ait pas de manifestations ponctuelles, mais dans tout le pays. Ça a été une grande leçon parce qu’on a compris qu’être dans les grands centres comme Le Caire ou Alexandrie ne suffisait pas, et qu’il était nécessaire d’être présent dans toutes les régions. C’est le dernier soulèvement avant la révolution qui est arrivée en Tunisie. Quand la révolution était en train
de se dérouler là-bas, les égyptiens étaient dans les rues en solidarité. Alors nous nous sommes demandés : « pourquoi ne pourrions-nous pas faire la même chose ? » Les jeunes ont marqué le 25 janvier par leurs protestations. La date est un peu étrange parce que c’est la Journée de la Police, alors c’était même un peu ironique. La jeunesse a décidé d’agir pour la renverser, mais les anciennes organisations politiques n’étaient pas d’accord. Moi-même, je ne pensais pas que la journée pourrait être quelque chose d’important, mais quand je suis sorti, tout le monde était dans la rue. Depuis, on la nomme « la Journée de la colère ». J’ai rencontré quelqu’un que j’ai connu à l’université, mais que je n’avais pas vu depuis très longtemps et j’ai commencé à pleurer, me rappelant mes vieux rêves de révolution.

Et les protestations ont continué…

Le 28 janvier, ils sont sortis dans les rues en direction de la Place Tahir et le slogan principal était « Le peuple ne veut plus de ce régime », qui était le même qu’en Tunisie. Il y a plusieurs entrées à la Place et les différents groupes ont décidé de s’organiser pour passer dans chacune d’elles. D’où j’étais, je pouvais tous les voir ainsi que la fumée qu’il y avait partout. La police utilisait tout et n’importe quoi, des balles de caoutchouc, des munitions mortelles, tout ce que vous pouvez imaginer. Pendant près de trois heures, les gens étaient clairement en train de mourir dans les rues. Alors, ils ont décidé de changer de stratégie et tous, près de 3 millions de personnes, ont commencé à arriver par la même entrée pour s’opposer à environ 400 000 policiers. Il y avait encore les armes et beaucoup de fumée, mais les gens restaient là. Il y avait des gens que je n’aurais jamais cru pouvoir être là. Les manifestants ont commencé à frapper les véhicules, la police a perdu le contrôle et a du reculer. Et le peuple a simplement pris la place des policiers. Le côté bizarre, c’est qu’il n’y avait pas de lider. Cela, tout simplement, avait lieu.

Les personnes au pouvoir ont compris, après cette journée, que les choses étaient vraiment en train de bouger. Le 1er février, la police est revenue et a commencé à tirer dans les manifestants. À ce moment-là, je pensais qu’il y aurait un homicide de masse. Devant une telle ampleur, même ceux qui ne croient pas en une religion, même les communistes, ont commencé à prier.

Mais le matin suivant, j’ai vu que les jeunes avaient résisté. La violence ne s’est pas arrêtée, mais devient moins forte qu’avant. Aujourd’hui, il y a 250 000 personnes sur la Place Tahir, il y a un grand écran et une radio qui retransmet, il y a des vivres et des couvertures pur ceux qui restent là. C’est comme une ville à l’intérieur d’une ville. Et les personnes se sentent plus en sécurité là.

What can be expected from now on?

It was very hard to predict what would happen up to this point when it all began, on the 25th of January. So it is impossible to know what lies ahead. What is very clear is that the people in the streets will not abandon the idea of taking down Mubarak. But what is also clear is that politicians and heads of state are learning from what happened with Bem Ali. Dictators that are in power for over 30 years will need more than one week of protest to leave. All the different actors, police, army, politicians and the people who were for Mubarak don’t know what to do. To them it is very hard to control this movement.

Que peut-on espérer pour la suite ?

C’était très difficile de prévoir ce qui arriverait jusqu’ici quand tout a commencé, le 25 janvier. Alors, il est impossible de savoir ce que verra le futur. Ce qui est sûr c’est que les gens dans les rues n’abandonneront pas l’idée de retirer Mubarak du pouvoir. Mais ce qui est sûr aussi c’est que les politiciens et les chefs d’État tirent des leçons sur ce qui est arrivé avec Ben Ali. Des dictateurs qui sont restés au pouvoir pendant 30 ans vont avoir besoin de plus d’une semaine de protestations pour partir. Tous les différents acteurs, la police, l’armée, les politiciens et les personnes qui étaient pro Mubarak ne savent pas quoi faire. Pour eux, c’est très difficile de contrôler ce mouvement.

Quelle est la proportion de personnes qui appuient encore Mubarak ?

Ce chiffre est très petit. Mais, quand il est passé à la TV et a dit qu’il voulait mourir en égyptien solitaire, il a gagné une certaine sympathie. Mais même ceux-là ne peuvent être totalement pro Mubarak parce qu’ils savent comme son gouvernement est corrompu. Le problème est que les égyptiens ont beaucoup de compassion, c’est comme s’ils avaient de la peine pour lui, en tant que personne. Même ma mère m’a téléphoné et m’a dit : « Laisse-le rester ».

Quand le régime va tomber, qui va prendre le pouvoir ?

Les gens ont décidé de ne pas penser à cela tant que Mubarak n’est pas parti. Maintenant que ce mouvement populaire se durcit, même les prix ont chuté, le coût de la vie est plus bas, ce qui n’est jamais arrivé avant. Le pouvoir n’est pas réellement dans les mains du gouvernement, mais plutôt dans celle du peuple. Il y a une certaine dichotomie, parce que le régime veut contrôler la révolution, mais apparemment ça ne pose pas de problèmes de laisser les gens contrôler les rues.

Ça fait 50 ans que les militaires contrôlent le pays, les gens ont peur de rêver et d’être déçus ensuite, mais ils voient bien que le régime peut imploser à n’importe quel moment et faire quelque chose de pire encore, alors ils restent prêts à retourner dans les rues à tout moment. De toute façon, la jeunesse qui est sur la place maintenant n’est pas seulement contre Mubarak, mais contre le régime en entier.

Quelle est la probabilité de mettre en place un gouvernement islamique en Égypte ?

Mubarak utilise actuellement la Fraternité Musulmane pour faire peur à la population, mais ils sont beaucoup moins représentatifs que ce qu’on peut penser. Tout cela est né de la classe moyenne, pas de la Fraternité Musulmane. Quand il y a eu les élections législatives, ils ont seulement obtenu deux sièges au Parlement. C’est clair qu’ils ne sont pas au pouvoir; les jeunes le sont et ce sont qui prendront les décisions.What is the likelihood of having an Islamic government established in Egypt?